jeudi 10 mars 2011

6. AXE 1 - LE SUIVI ET L’ACCOMPAGNEMENT DES MALADES CHRONIQUES

Le suivi des patients chroniques constitue la part la plus importante de l’activité des pharmacies d’officine rencontrées. Au regard de l’échantillon étudié, la part des patients chroniques représente entre 65% et 80% de leur clientèle.
Dans ces malades chroniques, les personnes âgées représentent la part la plus importante comme le montre le schéma ci-dessous.
Il s’agit là d’un type de conseil étroitement lié au coeur de métier des pharmacies d’officine : la bonne dispensation des médicaments. Il nous a paru cependant intéressant de le distinguer car ce conseil fait appel à un suivi dans le temps des malades et génère ainsi des pratiques de conseil particulières.
Trois types d’activité de conseil se dégagent.
* L’écoute et l’accompagnement
* Le suivi des prescriptions
* Le suivi de la maladie

6.1 . L’ÉCOUTE ET L’ACCOMPAGNEMENT DES MALADES
Le moment de l’entrée dans la maladie représente un moment charnière à partir duquel va se nouer une relation privilégiée et durable entre l’équipe officinale et le malade.
Pour le malade, cette première phase de diagnostic de la maladie signifie un bouleversement relativement important de son mode de vie et s’accompagne assez souvent d’un sentiment d’appréhension voire d’angoisse lié à la nature même de la maladie. Le malade éprouve le besoin d’être rassuré et écouté et les pharmaciens sont attentifs à la reconnaissance de leur rôle de proximité qui vient compléter l’intervention du médecin.
Le comportement de l’équipe officinale s’adapte en fonction des caractéristiques de ces maladies et de leur impact estimé dans la vie des personnes.
Il n’est pas rare que pour les malades atteints de maladies jugées « sensibles » comme le cancer, les pharmaciens proposent un entretien avec le patient dans un bureau qui assure la confidentialité des échanges. Toutes les officines ne disposent cependant pas de bureau dédié à cet effet.
La prise en compte de la dimension psychologique attachée à cette maladie notamment dans les moments d’aggravation de la maladie se traduit aussi par un accompagnement de l’entourage des malades : réconfort, explications
Des conseils pratiques peuvent aussi être proposés : adresse en vue de l’achat d’une perruque, …
Pour les maladies chroniques les plus fréquentes que sont le diabète et l’hypertension artérielle, les équipes officinales déclarent privilégier lors de ce premier contact l’éducation sur la maladie. Elles distribuent régulièrement des supports d’information édités par les laboratoires ou les groupements. Des « livrets »
peuvent également être fournis aux personnes souffrant de diabète pour les aider à mettre en place par elles-mêmes un suivi des indicateurs clés et repérer ainsi ellesmêmes les évolutions nécessitant un recours à un professionnel de santé.
Deux autres types de conseil sont aussi associés à ces pathologies :
* Des conseils alimentaires : les équipes officinales insistent sur la nécessité de réviser certains modes alimentaires dans le cadre des traitements suivis. Si le malade a besoin d’un accompagnement plus important, le pharmacien (souvent en lien avec le médecin) oriente les malades vers un diététicien.
Pour la pharmacie, li n’y a pas ou peu de vente attachée à ce type de conseil
* Une assistance technique au sein même de l’officine liée au maniement d’appareils : première utilisation des appareils de contrôle de glycémie, par exemple.

6.2. LE SUIVI DES PRESCRIPTIONS
Parallèlement à l’éducation sur la maladie, les conseils en matière d’observanceconstituent un autre point clé de l’intervention auprès de malades chroniques.
Les conseils prodigués dans le domaine sont complémentaires de ceux du médecin.
Les équipes officinales rencontrées considèrent que la répétition de ce type de conseil dans le temps s’avère très utile au regard du comportement de certains malades qui peuvent relâcher leur vigilance parce qu’ils se sentent mieux ou que la contrainte liée au traitement constitue une gêne dans leur vie quotidienne. Une autre
catégorie de malades se distingue, en revanche, par le respect scrupuleux des consignes délivrées.
Lorsque intervient une modification dans le traitement, les pharmaciens déclarent renouveler leur intervention de conseil.
De la même façon, les inter-actions médicamenteuses, les effets secondaires associés, les contre-indications produits/maladie (exemple du sirop sucré pour les diabétiques) sont des sujets de conseil fréquents.
L’enjeu d’observance et de continuité du traitement dans le temps pose la question du renouvellement des ordonnances. L’ensemble des pharmacies enquêtées sont régulièrement confrontées à des malades qui viennent demander sans ordonnance les médicaments liés à leur pathologie. Si toutes les pharmacies déclarent
effectivement délivrer quand même ces médicaments au nom de la continuité du traitement, elles sont dans le même temps conscientes de se placer en dehors de la réglementation et d’engager leur responsabilité. Cette dispensation de médicaments s’accompagne pour autant de précautions : référence à l’historique du traitement, invitation à aller au plus vite consulter, rappel des risques pour le malade, vigilance à ne pas délivrer ces médicaments plusieurs fois d’affilée sans prescription, voire contact téléphonique auprès du médecin selon le traitement considéré.
Ces précautions sont de même nature avec la clientèle de passage et les touristes : les pharmacies ne disposant pas de l’historique des traitements tentent de se référer à l’ordonnance antérieure en possession des malades.
La durée de validité d’une ordonnance qui vient de passer de 30 à 90 jours semble représenter pour les professionnels rencontrés un assouplissement notable de leur cadre d’intervention.
D’autres malades chroniques sont également suivis par les officines.
Pour les patients souffrant de maladie mentale, le pharmacien peut se trouver face à des traitements comportant des placebos qu’il n’indique pas comme tels pour ne pas dévoiler la stratégie thérapeutique choisie par le médecin.
Le cas des personnes toxicomanes appelle une vigilance particulière surtout pour les pharmacies situées en zone urbaine du fait des risques liés au détournement assez fréquent de produits comme le Subutex par les patients.
Une pharmacie rencontrée a déclaré avoir stoppé la dispensation de ce produit au vu du nombre croissant de personnes toxicomanes qui y venaient après avoir identifié la pharmacie comme un « lieu d’approvisionnement » privilégié. Hormis ce cas exceptionnel, les autres officines disent entretenir sur le sujet des relations régulières avec les médecins de leur environnement pour contrôler la distribution du produit.
Enfin, une particularité régionale de la région Provence – Alpes Côte d’Azur réside dans le nombre plus important de personnes atteintes d’asthme qui viennent dans les départements de montagne y suivre des cures.

6.3. LE SUIVI DE LA MALADIE
De toute évidence, le rôle du pharmacien d’officine reste aujourd’hui limité dans le suivi de la maladie.
Ce domaine reste encore de la compétence du médecin traitant avec lequel les patients chroniques entretiennent des relations régulières.
Certaines pharmacies d’officine ont cependant installé des dispositifs de contrôle pour :
* la glycémie : des logiciels en officine permettent de consolider les résultats des auto-contrôles réalisés par les patients
* la prise de tension : cet acte est uniquement pratiqué à la demande car il s’agit d’un acte médical et les pharmaciens, même s’ils sont équipés, ne sont en effet pas habilités à le faire.
* Le peak-flow : peu de pharmacies sont équipées.
Les résultats obtenus par ces suivis demeurent encore peu reconnus par les médecins qui préfèrent procéder eux-mêmes à ces contrôles. En zone rurale, les pharmaciens insistent sur le risque d’être incompris par le médecin.

6.4. LES PISTES D’ÉVOLUTION
Les pratiques décrites relatives au suivi des maladies chroniques effectuées en officine soulèvent des pistes de réflexions qui dessinent une évolution notable du métier.
Plusieurs réflexions s’imposent :
* Aujourd’hui, et malgré des volontés évidentes, le pharmacien d’officine éprouve des difficultés à travailler en réseau ou en relation régulière avec les autres professionnels de santé. Cette question se pose avec acuité dans le cas des maladies chroniques dont le suivi reste encore partagé entre différents intervenants qui communiquent peu entre eux. La qualité des relations avec les médecins est très variable selon les officines et dépend soit de l’ancienneté de l’installation soit de la proximité, par exemple, en zone rurale. La question se pose alors de la mise en place du « dossier médical personnalisé », dont le principe repose sur le partage entre différents intervenants d’informations concernant le malade dans le but d’améliorer à la fois la qualité du suivi et les interventions de chacun.
* Parallèlement à ce « dossier médical personnalisé », plusieurs pharmaciens évoquent aussi la piste de la mise en place de « consultations pharmaceutiques » pour les malades chroniques visant à leur accorder la capacité d’un suivi des traitements définis en amont par les médecins. La mise en place de telles consultations nécessiteraient :
o un aménagement des officines pour recevoir les malades en toute confidentialité.
o Le développement de sessions de formations pour les équipes officinales.
 

Françoise MARIN
Eve MARIN
Auryane BARRANCOS

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